Journalistes vs Communicants –  »Je t’aime, moi non plus »

Dis quel est ton image des jobs de journaliste et de communicant ? On a tous une petite représentation à casser ! Genre, le journaliste sait tout et donne la sainte parole d’évangile avec sa belle plume à la plèbe des communs incultes en demande. Le communicant est un ‘’mécréant’’ manipulateur, superficiel, proche d’un commercial. Il prêche pour sa paroisse et essaie d’influencer votre liberté d’opinion. Entre le communicant et le journaliste, mince alors il faut aussi ajouter l’attaché de presse et l’opinion publique !

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  • Cette table ronde, qu’est ce que c’est ?

Le Club de la Communication et l’Association des Journalistes de Toulouse ont organisé lundi 19 avril une table ronde sur les relations entre journalistes et communicants. Les échanges étaient animés par Sophie Arutunian, journaliste indépendante et responsable des ateliers jeunes Média et Citoyenneté pour le Club de la Presse Occitanie.
Les intervenants sont : Jean-Christophe Giesbert – (Directeur associé Giesbert & Mandin), Michèle Guallar (Responsable Presse et RP – Tisséo), Léo Lemberton (Rédacteur en chef – France 3 Midi-Pyrénées) et Pascal Pallas –  (Éditeur – Publihebdos Actus.fr).
Les échanges ont commencé à 19h. Ils se sont terminés aux alentours de 20h, suivi d’un cocktail et d’un dîner au Novotel (métro ligne B Compans Cafarelli).  En savoir plus ici.

La communication fournit l'info !le journaliste la traite ! Les 2 doivent travailler senemble !

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Sur ce sujet des relations entre journalistes et communicants, plusieurs thèmes ont été abordés : constat, différence entre ces 2 métiers, témoignages sur les relations entre journalistes et communicants, différence entre Toulouse et Paris, bonnes pratiques … Excusez-nous, on a choisi de ne pas présenter les échanges autour de l’actualité récente  (CHU de Toulouse, “CHU Bashing”, grèves, communication nationale de l’Etat ….) et les points de vue des intervenants sur ces sujets.

  • Constat

« D’un côté, le journalisme connaît une accélération du temps médiatique, un travail dans l’urgence (deadline, pression importante). Il est nécessaire d’informer de plus en plus vite ! Un journaliste ou un rédacteur en chef reçoivent près de 150 mails par jour !  Les média connaissent une phase de transition et de mutation à grande échelle.

Face à la précarité du journalisme en indépendant, des journalistes peuvent rédiger des communiqués de presse pour arrondir leurs fins de mois et donc faire de la communication. C’est regrettable mais être journaliste salarié reste une chance. Si un journaliste pour avoir un avenir doit basculer vers le côté obscur. Ses compétences sont très valorisées en communication, en particulier l’esprit de synthèse et la mise en valeur de l’information.

De l’autre, le communicant ou l’attaché de presse peuvent-être dans une position complexe entre un dircom ou donneur d’ordre exigeant et un journaliste ultra-pressé, ce qui nécessite une grande diplomatie. »

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  • Que dit l’Observatoire du Journalisme (ojim) ? que disent les média ?

Le temps économie nous présente les portraits de journalistes devenus des communicants. En 2015, l’OJIM parle du brand-journalisme qui mixe journalisme et communication, du lien entre journalisme et politique en province. Cision présente une infographie et une étude en date de 2015 sur les journalistes (240 interrogés) et leurs relations avec les réseaux sociaux.  Les réseaux sociaux et le digital ont un impact sur cette urgence médiatique.

  • Quelle est la différence entre communication et journalisme?

Il parait que ‘’les meilleurs communicants sont souvent d’anciens journalistes.’’

Définitions extraites du Larousse 
Journaliste ‘’Personne qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée, l’exercice du journalisme dans un ou plusieurs organes de presse écrite ou audiovisuelle. (Titulaire de la carte d’identité professionnelle, tout journaliste peut se prévaloir de la clause de conscience.)”
Communicant “Personne qui pour une personnalité, un organisme, une entreprise, donne telle ou telle image vis-à-vis du public.”

« Ce sont deux métiers étanches, qui ont besoin l’un de l’autre. Ils se doivent de travailler ensemble sans langue de bois, ni pugilat ! Soyons clair, les journalistes n’ont pas le même prisme que les communicants. Un journaliste est libre du choix de ses articles. Une agence de relations presse est payée par ses clients. Un responsable de communication est payé par la structure qui l’embauche. La communication propose / fournis l’information, le journaliste dispose / décide. Le journaliste informe et doit prendre en compte la position de l’entreprise qui peut refuser de répondre à une question. Le silence est aussi de la communication. De l’autre côté, le communicant doit accepter que le journaliste décide de l’angle de son article ou de sa ligne éditoriale. »

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©sfu.ca

  • Témoignages

Jean-Christophe Giesbert
‘’Le journalisme est une drogue dure, je suis infoman. Après 33 ans de journalisme, je continue d’écouter au quotidien France Info / France Culture. La communication est un métier plus réel, plus concret. Elle permet de toucher un certain nombre de réalités qui participe à la vie et la richesse du territoire en mettant en lumière les entreprises régionales dans les média nationaux. Avoir été journaliste m’a aidé à développer l’entreprise en faisant comprendre aux chefs d’entreprise que je conseille qu’on n’impose pas une information à un journaliste, on ne le manipule pas. Il y a beaucoup de pédagogie à faire. Il faut savoir que pour beaucoup de chefs d’entreprise, la différence entre information et communication n’est pas évidente. C’est à nous de préciser cette distinction ! ‘’

Michèle Guallar
‘’Un responsable de communication est un relais d’information, un auxiliaire de rédaction. Il est indispensable d’échanger pour comprendre de quelles informations un journaliste a besoin. C’est à dire une information objective, précise, rapide, réactive. Les choses ont beaucoup évolué. Pour rester objectif, on communique des informations brutes, des faits, des chiffres. Les communicants n’ont aucun intérêt à falsifier l’information.  Les communicants sont des aides pour les journalistes. La pression que vit le journaliste est une contrainte des deux côtés. Le communicant doit intégrer l’urgence médiatique du journaliste. Le journaliste doit continuer à vérifier l’information dans les communiqués de presse malgré cette urgence. Avec les réseaux sociaux, l’information est communiquée plus vite et doit être deux fois plus vérifiées !’’

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©pixabay

Pascal Pallas
‘’Actus Toulouse (Ouest France) s’est créé avec l’idée de convaincre les personnes qui ne regardaient plus les média, d’y revenir. Notre site n’a pas la pression des journaux indépendants. Plus un média est fort, plus il peut être indépendant. S’il est vrai que notre site web bouge beaucoup. On publie une information toutes les 45 minutes environ. Tant qu’une information n’est pas vérifiée, on ne publie pas. Comme on dit la vérité peut attendre 5 minutes ! Il est essentiel de ne jamais perdre de vue les bases. Pour que cela fonctionne, il est indispensable de recruter le bon journaliste, il faut savoir l’identifier et avoir une très bonne organisation.’’

Un publi-reportage est rédigé par le service commercial et non par la rédaction. Ce sont deux services différents ! Un exemple le service commercial peut signer un contrat avec un annonceur loisirs partenaire. Une baisse de prix et la rédaction écrira un article sur un annonceur concurrent. ET c’est OK !’’

‘’Un communicant reste une source d’informations pour un journaliste. Y compris dans la presse gratuite. Il faut savoir faire la part des choses. Un journaliste peut-être ami avec un communicant. C’est comme entre politique et journaliste. On peut-être ami avec un politique. Tout dépend de qui est le journaliste et de qui est le politique !  ‘’

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  • Toulouse vs Paris

Léo Lamberton
‘’Les relations avec les communicants dans une rédaction parisienne sont plus distantes qu’en région. A Paris, c’est assez facile du coup. En région, c’est plus complexe. Il y a deux types de communication : la communication livrée par le communicant qui n’est pas toujours très explicite dans les communiqués de presse. C’est important de donner la bonne info, au bon moment au bon journaliste et de rédiger un communiqué comme un article avec un titre accrocheur, les idées les plus importantes exposées de façon synthétique, … On peut passer à côté d’une information importante sinon. La communication de crise, elle est plus complexe. Pour le journaliste, c’est l’information la plus compliquée à avoir. Ce n’est pas celle des communiqués de presse qui arrivent par mail. C’est très difficile aussi d’avoir de l’information sur les Collectivités Territoriales, les grosses entreprises, les grèves de l’université Jean Jaurès par exemple. Il y a parfois une non ouverture. C’est pour cela que j’ai beaucoup d’empathie pour les communicants. Toulouse est une ville de réseau et de cooptation. Il suffit de voir comment l’information remonte.‘’

Jean-Christophe Giesbert
‘’Je suis cosmopolite. Tout au long de ma carrière, j’ai travaillé dans beaucoup de villes en France. Je n’ai jamais trouvé une région où l’on peut prendre son téléphone, se parler et communiquer si facilement. Ce qui se fait de moins en moins. Les outils digitaux sont très bien mais remettons du rapport humain dans nos relations ! Dialoguer, échanger, se connaître, discuter, prendre un café hors des situations de crises ! Parlons-nous, c’est essentiel !

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Pascal Pallas
‘’Il est vrai que les journalistes ont parfois peur de se faire manipuler par les communicants. Les relations sont bonnes ici à Toulouse. Ce sont des relations de proximité. Même si beaucoup de choses se font par mail. Ici, on se connait. Les attachés de presse prennent le temps de rencontrer les journalistes même si ce n’est pas tous les jours. C’est très différent de la région parisienne. On a une relation intéressante.’’

Bonnes pratiques échangées 

  • Pour un journaliste, il ne suffit pas de bien faire son travail, il faut faire partie des réseaux.
  • Il y a une façon de relancer un journaliste par téléphone en particulier. C’est  bien de se renseigner en amont et de savoir qui on appelle, connaître le métier et médium de la personne contactée. On n’impose pas de conférence téléphonique.
  • Un journaliste n’a pas à transmettre les questions en amont d’une interview, ni à faire relire son interview.
  • Le droit de réponse est très codifié. Il faut prouver une atteinte à la réputation par le journaliste.
  • Un journaliste peut re-rédiger un article en ajoutant une nouvelle réaction par exemple et doit le préciser.
  • Un journaliste peut avoir des difficultés à traiter le sujet de l’entreprise. Faut-il mettre ou non les coordonnées ? Est-ce de la publicité ou non ?
  • La communication peut demander un droit de regard pour les parties chiffrées des articles ou des informations dites sensibles.
  • Les informations transmises par le service communication reposent souvent sur des actualités. Parfois il n’y a pas toujours d’actus à transmettre aux journalistes. Solutions proposées : parler des initiatives, surfer sur une actu, un projet solution, l’idée est d’être à l’unisson de l’évolution de la société, une nouvelle carte, ouverture … Pour qu’un journaliste rédige un article, il faut un élément nouveau.
  • Content marketing à la place des relations presse ? Une question de crédibilité se pose. Un média est-il plus crédible que le digital ? Le web digital marketing reste un métier qui est basé sur les audiences et qui s’apprend.
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Une étude du Reuters Institute de 2014 pose la question du “journalisme citoyen ou crowd-reporting”. Il met en avant le rôle du public émetteur d’informations via les réseaux sociaux, snapchat, infobitt. Ce public est-il alors acteur d’opinion en position d’influence avec un vrai pouvoir d’impact ou une simple source d’informations pour le journaliste ou le communicant ?

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©photo de couverture : pixabay

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